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Cette scène se situe après les jeux dans les arènes de la baie. Les jeux devaient reunir orques et humains et commencer une période pacifique. Il en fut décidé autrement... Les orques n'avaient nulle intention de paix : manipulés par Barbazain, ils ne cherchaient qu'à penetrer dans la baie. Le manège fut dejoué et le pire évité, mais la situation ne trouva sa solution que dans le sang...

Prélude

« De toutes les créatures de ce monde, c’est sans aucun doutes le dragon qui est la plus convoitée des alchimistes. Ceux-ci rêvent tous de pouvoir un jour travailler de leurs mains le cuir de la plus puissante et de la plus magique des créatures ayant jamais vécu. Nombre donneraient n’importe quoi pour pouvoir graver leurs runes dans le manche d’une dague qu’ils auraient eux-mêmes taillés dans la corne d’un grand Ver… »

Ponny, Maître alchimiste

La mort du dragon

Au cours des dernières cinq minutes, Ponny s’était vu mourir cent fois. Jamais au grand jamais il n’aurait pu imaginer connaître à ce point la signification du mot peur. Quand le jeune dragon Vert avait craché son dernier feu de toute la rage de la défaite, peu avant de pousser son hurlement funèbre, et que les murs de pierre de la grotte avaient fondu sous la chaleur, il avait cru que le monde était devenu flammes, lave et roches en fusion, il avait cru que lui et ses amis étaient déjà morts calcinés…

Et pourtant, maintenant que l’immense créature venait de rendre son dernier râle et que déjà de l’immense corps s’élevaient à travers toute la grotte les petites étincelles de magie et de vie contenant l’essence du dragon, illuminant l’obscurité telles des étoiles aux milles couleurs, Ponny se sentit transporté de bien-être comme jamais. Alors qu’un chant pur et cristallin envahissait le repaire de la bête, ses bourreaux virent l’un des plus beaux spectacles qu’il puisse être donné à des yeux humains de voir.

A une peur panique que seuls ceux qui ont combattu un dragon peuvent connaître succédait maintenant l’ivresse de la vie. La magie du défunt dragon envahissant chaque parcelle de son corps et de son âme, Ponny ne savait plus où il était ni qui il était. L’espace de quelques instants trop courts, alors que la vie quittait l’immense corps de la créature séculaire, lui, simple humain captait une infime partie de cette magie et son corps entier vibrait sous l’emprise du mana. L’espace de quelques instants trop courts, il ressentait le monde comme un dragon. L’espace de quelques instants trop court, il comprit la magie, la vie et tant de chose que les mortels ne soupçonnent même pas. Le cœur battant à tout rompre, il venait de dépasser les limites de sa propre existence…

Mais soit puni pour son orgueil l’humain qui pense être l’égal de l’une des plus anciennes créatures du monde. Après l’extase vint la douleur infinie. La toute puissante magie qui quittait le grand Drake retournait à la terre nourricière et semblait irrémédiablement attirée vers les formes vivantes les plus proches. Ponny hurla lorsque la douce sensation de magie pénétrant sa chair se transforma en une intense brûlure. L’énergie magique coulait maintenant en lui tel un torrent de lave, portant son sang et son essence même à ébullition.

Ponny, fût d’un seul coup arraché du sol. Son corps flottant dans les airs était enveloppé de flammes multicolores crépitantes tandis que ses hurlements d’agonie rejoignaient ceux de ses amis. L’énergie déferlait dans son corps et en ressortait violemment, le propulsant comme un fétu de paille au grès du vent.

Combien de temps cela dura encore? Aucun d’entre eux ne put le dire… Ils avaient perdu depuis bien longtemps la notion du temps quand ils sentirent la douleur quitter doucement leur corps. Lentement, il leur sembla revenir à la vie après une trop intense agonie.

Après un long moment à rester allongé sur le sol, inerte, Ponny retrouva lentement sa conscience. A sa grande surprise, toute douleur l’avait quitté. Au contraire, après avoir eu l’impression de brûler vif des heures durant, il se sentait envahit d’un bien-être complet, total… Son corps était maintenant rempli d’une force et d’une énergie dépassant tout ce qu’il avait jamais connu. Une puissance formidable coulait dans ses veines et inondait son corps. Maintenant qu’il venait de toucher ce pouvoir infini et que son corps en avait assimilé une partie, il comprit en frémissant ces mages capable de donner n’importe quoi pour atteindre un tel pouvoir ou encore ces chevaliers capables de risquer leurs vies sans la moindre chance rien que pour avoir ne fut ce qu’une chance de vaincre un dragon.

Il tourna la tête à la recherche de ses compagnons. Pendant tout ce temps, il les avait senti à ses cotés, comme unis dans cette expérience unique. En voyant leurs visages, il éclata de rire. Un rire de délivrance, de soulagement… Ses rires furent repris par chacun des compagnons d’armes, chacun se trouvant dans un état similaire au sien : béatement bienheureux.

Les rires finirent par se calmer. Chacun se releva en titubant. Quand les regards se croisèrent, chacun crut se voir dans les yeux de l’autre.

« Wow ! » fut le seul mot qui fut prononcé par Ponny après quelques instants pour décrire ce qu’ils venaient de vivre. Personne ne trouva quoi que ce soit à dire de plus éloquent.

« Wow ! » fut de nouveau le seul mot qui sortit de sa bouche quand il se retourna vers le corps du mastodonte allongé sans vie sur le sol, au milieu d’une grotte noire de suie, au milieu de coulées de roches fondues ou fracassées. Cette fois encore, personne ne trouva quoi que ce soit de plus éloquent à dire.


Feu le dragon

Les yeux brillants tels ceux d’un enfant devant les étals d’un pâtissier, Ponny jaugeait le corps du dragon. Celui-ci avait beau n’être qu’un tout jeune représentant de sa race, il mesurait déjà une bonne vingtaine de mètres de long… sans compter ni le cou ni la queue bien sur ! Ses écailles vertes aux reflets métalliques brillants semblaient former une superbe et souple armure parfaitement ajustée. Ponny sourit en essayant de les compter mais il cessa très rapidement pour passer à une tache de prédilection pour l’alchimiste qu’il était : imaginer à quoi pourraient servir chacune des parties du défunt…

Les grandes écailles dorsales serviraient sans nuls doutes à forger de superbes boucliers, ou peut-être des plastrons. Avec celles des pattes, plus petits, il confectionnerait des armures… Le poids relativement léger des écailles, leur incroyable solidité et surtout leur extrême résistance à la magie et aux forces élémentaires offriraient d’incroyables possibilités à ses créations !

Les pics redoutables de la crête dorsale jusque la queue serviraient à réaliser des pointes de lances, et pourquoi pas des lames ? Ce serait un travail difficile mais à ce moment là, rien ne lui semblait insurmontable !

Ponny resta longtemps fixé sur l’extrémité de la queue de la bête. L’énorme appendice se terminant par de nombreuses pointes tranchantes fit apparaître un air dubitatif sur le visage du jeune alchimiste : que pourrait il donc faire de cette partie ? Qu’à cela ne tienne, il avait tout le temps pour y penser !

Son regard parcourut son respectable adversaire jusque la tête.

« La zone de prédilection des alchimistes » chuchota t’il en s’approchant de la tête de la créature, largement plus haute que lui.

Le dragon était encore tout jeune -un dragon plus âgé aurait été moins arrogant, plus sage et bien meilleur combattant et serait d’ailleurs sûrement encore en vie- et il ne possédait qu’une seule corne : celle qui prouve qu’un dragon vient de sortir de l’enfance et qu’il est libre de voler ou bon lui semble pour prendre son premier territoire.

« Celui là n’aura pas eu loisir de voler bien loin » murmura Ponny, attendri malgré lui par le funeste destin de la créature.

En quelques bonds, Ponny fut sur le museau du dragon. Il tata la corne de sa main. Même si elle était insignifiante par rapport aux cornes d’un dragon adulte, symboles de leur puissance magique et de leur force, elle lui semblait impressionnante. Rien qu’en passant sa main dessus, il pouvait sentir la magie qui l’habitait encore… résonnant maintenant avec la magie qui habitait son propre corps. De toutes les parties du corps d’un dragon, c’est assurément les cornes qui possèdent le plus de valeur pour les alchimistes. On ne compte pas les applications qu’ils trouvent à ce merveilleux réactif chargé de mana, aux innombrables propriétés.

Ponny se tourna ensuite vers les yeux fermés du dragon. Ceux ci comptent parmi les réactifs les plus puissants pour tous les rituels et enchantements ayant trait à la claire vision. Se frottant le menton, le jeune alchimiste s’avoua pour la première fois que l’utilisation de tels réactifs était bien au delà de sa compréhension de l’alchimie… aussi exacerbée soit elle en cet instant !

Il choisit donc de redescendre au niveau du sol et de jeter un coup d’œil aux dents du dragon. Prenant un air de connaisseur, il s’amusa en ce disant que c’était une chance que le dragon soit aussi jeune : il avait une superbe dentition… un vieux dragon aurait sûrement eu un bon nombre de crocs fendus à force de croquer des armures ! S’imaginant déjà en train de décorer le casque de son ami Vindar, le nain qui de sa masse enchantée avait percé l’armure du dragon, avec deux de ces énormes dents, ou de remplacer les dagues de Courteslames, leur sympathique écuyer, par de jolis poignards polis dans les grandes incisives, il se dirigea vers les griffes de la bête.

Presque aussi longues que des épées, les griffes du monstre devaient au moins être aussi tranchantes ! Il imagina un instant les combats terribles que devaient être les affrontements de deux dragons, luttant avec force de dents et de griffes jusqu’à s’arracher le… cœur.

Ponny tressaillit en y pensant. Le cœur des dragons était baigné de légendes. Il se demanda si il serait lui capable de trouver les arcannes de cet ultime réactif. Seuls les plus grands alchimistes dit on ont su utiliser les pouvoirs des cœurs de dragons. On dit que ceux là ont atteint la vie éternelle et l’immortalité ou ont succombé à une soif de pouvoir qu’ils ne pouvaient ni maîtriser, ni surmonter.

Pendant quelques secondes, Ponny ressentit de nouveau cette sensation qu’il avait éprouvé quelques heures plus tôt. Il repensa à ces mages cherchant le pouvoir à tout prix. Après avoir goûté à la puissance du dragon, Ponny les comprenait… pire, il se surprit à ressentir la même soif de pouvoir. Perdant d’un coup son enthousiasme, il fut surpris de ses propres réactions. Lui qui venait de communier avec l’essence même de cette respectable créature, il était en train de la considérer maintenant comme un moyen d’augmenter un peu plus encore sa propre puissance. Il ne voyait plus en lui la créature de magie mais simplement de quoi remplir les étagères d’une échoppe d’alchimiste ! Cette simple vision le dégoutta du plus profond de son être à tel point qu’il faillit en vomir. Il tourna le dos au corps du dragon. Il refusait de se laisser aller à de si simples sentiments !

A peine eut il fait quelques pas qu’il se retourna. Son corps entier l’appelait à se retourner, à contempler la créature qu’il avait terrassé et à prendre la puissance qui lui revenait de droit. Il ne pouvait pas lutter… Le devait il ? Pourquoi faire ? C’était bien légitime non ? Le dragon est mort. A quoi lui serviraient ses cornes maintenant ? Une foule de sentiments contradictoires pénétraient son esprit. La soif de puissance assombrit les âmes, même les plus pures et qui a connu la puissance d’un dragon doit lutter contre l’une des plus intarissables soifs.

Contemplant de nouveau le corps du dragon, Ponny chercha secours dans ses souvenirs. Le jeune alchimiste n’était certes pas un héros, ni même un vétéran mais il avait déjà traversé de nombreuses épreuves et sa sagesse lui avait toujours permit de s’en sortir grandi. Il revit mentalement les dernières heures… Les fermes et villages dévastés par le jeune et fier dragon, désireux de prouver sa puissance et assoiffé de pouvoir, le combat et la mort de celui ci, toutes les sensations qui s’ensuivirent… cette énergie brutale coulant dans ses veines mais aussi l’extase de la simple communion avec la magie du dragon. La douceur exquise de cette proximité avec la magie, sans contraintes ni soumission.

De nombreux humains venaient de périr pour assouvir l’impérieux besoin de puissance du jeune dragon… qui l’avait lui-même à son tour emportée dans la mort. devrait il se comporter de la sorte à son tour ? Non pas ! Il n’en était pas question ! Pas question de se laisser aller à cette voix si tentante et facile ! Pas question de risquer d’autres massacres inutiles…

Ponny regarda le corps de la bête d’un regard neuf, plein de compassion.

« Non, jeune Dragon, il ne sera pas dit que le mal qui t’a amené vers la mort survivra à travers ceux qui t’on libéré de ce mal ! »

Ponny se retourna de nouveau… cette fois, son cœur était léger et serein. Il avait l’impression qu’il venait de passer une épreuve… Et pour cause.

Alors qu’il s’en retournait vers ses amis, Ponny senti plus qu’il n’entendit une voix résonner dans sa tête, dans son cœur et son âme. Cette voix, solennelle et grave lui semblait porter un message d’une importance sans limites.

« Jeune humain. Tu viens de te montrer très sage en refusant de prendre tout le pouvoir qui reste dans mon corps pour servir ton propre intérêt. Je t’en prie, ne laisse pas pour autant ce qui reste de moi ainsi. Prends ce que je fus, je te le donne. Prends ce pouvoir. Car tu ne le considère pas comme une fin, je sais qu’entre tes mains ce pouvoir sera compris et bien utilisé. En cela, tu en es plus digne que moi. Utilise le de ton mieux… Donne moi l’honneur que je n’ai pas su gagner moi même par manque de sagesse. Je sais que tu le peux. Si la prière d’un dragon défunt t’importe, alors je t’en prie, ne laisse pas ce don tomber entre de mauvaises mains ! »

Ponny resta sans bouger bien longtemps après que la voix se fut tue. Quand il se releva enfin, il savait ce qu'il devait faire.


Le devenir du jeune alchimiste

Bien des années ont passées.

Le jeune dragon vert lui avait donné un but : celui d'honorer son âme. Il lui avait aussi laissé au jeune alchimiste de quoi accomplir cette noble quête : son propre corps et une inexplicable compréhension des dracoides.

A force de travail, de patience, de persévérance, Ponny apprit le travail des composantes Dracoides. Il était fort d'une volonté qui jamais ne le quitta: celle de faire perdurer la grandeur des dragons bien au delà de leur mort.

De la dépouille de ce guide spirituel, il réalisa de superbes panoplies qu'il ne céda qu'à des personnes de haute valeur morale. Il mettait tant de cœur, de talent et de passion à son ouvrage que les armes et armures qu'il forgeait de ses mains semblaient posséder leur propre personnalité : chacune était différente, chacune était une oeuvre unique ! Son talent et sa renommée s'accrurent avec les années... De ses mains enchanteresses naquirent d'inestimables artefacts aux pouvoirs terrifiants.

Il mettait autant de cœur a trouver de dignes porteurs pour ses confections qu'à les réaliser. Ainsi seulement, il remplirait sa mission jusqu'au bout. Nombreux furent les riches et les arrogants qui vinrent le trouver pour lui quémander une arme créée et enchantée de sa main... et aussi nombreux furent ceux qui repartirent les mains vides. Il se contentait d'expliquer qu' "Une arme de valeur se doit d'être portée par un être de valeur.". Il donna par contre certaines de ses plus belles pièces à des pauvres gens au cœur pur et vaillants qui bien souvent surent y faire honneur.

Avec le temps, Ponny l'aventurier, le charmeur, le mage ou le guerrier devint l'un des plus réputés alchimistes. Nombreux sont ceux qui le prennent pour un illuminé parfois quand il prétend qu'un peu de l'esprit des dragons survit à leur mort grâce à lui. Peu de gens connaissent cette histoire et moins encore la comprennent. Ceux là savent qu'il a su faire honneur au fougueux dragon par delà sa mort car personne ne peut contredire le fait que son travail défie les pauvres limites des humains et que ses merveilleuses créations défieront bien des générations d'humains... et même de dragons.